Comment rédiger une lettre de demande de placement en foyer pour un mineur ?

# Comment rédiger une lettre de demande de placement en foyer pour un mineur ?

La décision de demander le placement d’un enfant en foyer représente une étape difficile pour toute famille confrontée à des circonstances exceptionnelles. Qu’il s’agisse de problèmes de santé graves, de difficultés éducatives majeures ou de situations familiales complexes, cette démarche administrative nécessite une compréhension précise des procédures et des modalités de rédaction. Le placement volontaire en Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) ou en famille d’accueil constitue une mesure de protection de l’enfance qui mobilise les services départementaux de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Cette mesure diffère fondamentalement du placement judiciaire prononcé par le juge des enfants, car elle repose sur le consentement éclairé des détenteurs de l’autorité parentale. Maîtriser les éléments constitutifs d’une lettre de demande adaptée aux exigences administratives représente un enjeu crucial pour obtenir une réponse favorable et rapide des services compétents.

Cadre juridique de la demande de placement en foyer : articles L221-1 et L222-5 du CASF

Le placement volontaire d’un mineur s’inscrit dans un cadre législatif précis établi par le Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF). L’article L221-1 définit les missions fondamentales du service de l’Aide Sociale à l’Enfance, notamment l’accueil provisoire des mineurs dont les familles rencontrent des difficultés temporaires. Cette disposition légale reconnaît explicitement le droit des parents à solliciter un soutien institutionnel lorsque les circonstances les empêchent temporairement d’assurer leurs responsabilités éducatives. Le placement administratif représente ainsi une alternative à l’intervention judiciaire, fondée sur une démarche volontaire et collaborative.

L’article L222-5 du CASF encadre spécifiquement les conditions de l’accueil provisoire. Selon ce texte, le service départemental de l’ASE peut prendre en charge un mineur à la demande de ses représentants légaux, pour une durée maximale d’un an renouvelable. Cette limitation temporelle vise à garantir que le placement demeure une solution provisoire, tout en préservant les liens familiaux. La loi impose également l’élaboration d’un Projet Pour l’Enfant (PPE) dans les trois mois suivant l’admission, document contractuel qui fixe les objectifs du placement, les modalités d’accompagnement et le rôle de chaque intervenant.

Le cadre juridique établit clairement que les parents conservent l’intégralité de leur autorité parentale durant toute la période de placement volontaire. Cette prérogative fondamentale signifie que toutes les décisions importantes concernant l’enfant – orientation scolaire, interventions médicales non urgentes, pratiques religieuses – demeurent sous le contrôle exclusif des détenteurs de l’autorité parentale. L’établissement d’accueil ou la famille d’accueil n’exerce qu’une délégation limitée aux actes usuels de la vie quotidienne. Cette distinction juridique constitue une différence majeure avec les placements judiciaires ordonnés par le juge des enfants dans le cadre de mesures de protection.

Le placement volontaire repose sur un principe de coopération entre la famille et les services départementaux, dans l’unique intérêt supérieur de l’enfant tel que défini par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

Les statistiques nationales révèlent qu’environ 32% des placements d’enfants en France relèvent de mesures administratives vol

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Situations nécessitant une demande de placement volontaire d’un mineur en MECS

Dans quels cas une lettre de demande de placement en foyer ou en MECS est-elle pertinente et légitime aux yeux des services de l’Aide Sociale à l’Enfance ? Le placement administratif étant une mesure de protection importante, il ne peut pas être envisagé pour de simples difficultés du quotidien. Il intervient lorsque la sécurité, la santé, la moralité ou les conditions d’éducation de l’enfant sont gravement compromises ou risquent de l’être. La rédaction de votre courrier doit donc s’adosser à une situation objective, documentée, et à un projet réfléchi pour votre enfant.

Les services de l’ASE apprécieront la cohérence entre votre demande, la réalité de votre situation familiale et l’objectif poursuivi par le placement en MECS. Il ne s’agit pas de « se débarrasser » d’un enfant, mais de rechercher un cadre éducatif structurant, temporaire, qui permette de dépasser une crise ou de compenser une défaillance. En pratique, plusieurs grandes familles de situations reviennent de manière récurrente dans les demandes de placement volontaire.

Difficultés éducatives temporaires et défaillance parentale partielle

La première catégorie de situations concerne les difficultés éducatives importantes, mais potentiellement réversibles, rencontrées par les parents. Vous pouvez, par exemple, éprouver des difficultés à poser un cadre, à faire respecter les règles, à accompagner la scolarité ou à gérer les conflits quotidiens. Ces difficultés peuvent être majorées par la monoparentalité, l’isolement social, la précarité économique ou des troubles personnels (dépression, épuisement, handicap).

Dans votre lettre de demande de placement en foyer, il est important d’exposer ces difficultés sans culpabilité excessive, de façon factuelle et datée. Vous pouvez décrire l’évolution de la situation sur plusieurs mois ou années : aggravation des conflits, absentéisme scolaire récurrent, impossibilité de gérer les sorties, refus d’obéir, dégradation du climat familial. Le caractère « partiel » de la défaillance parentale signifie que vous restez impliqué dans la vie de votre enfant, mais que vous avez besoin d’un relais éducatif structuré pour retrouver votre place.

Les services de l’ASE apprécient particulièrement les parents qui, loin de nier les difficultés éducatives, les reconnaissent et sollicitent une aide avant que la situation ne dégénère. Dans cette perspective, le placement volontaire peut s’inscrire dans un dispositif plus global incluant un accompagnement à domicile, une thérapie familiale ou un soutien à la parentalité. Vous pouvez le mentionner explicitement dans votre courrier pour montrer votre volonté de collaboration.

Risques psychosociaux et environnement familial inadapté au développement de l’enfant

Une autre configuration fréquente est celle où l’environnement familial ne permet plus d’assurer un développement harmonieux de l’enfant, même sans maltraitance directement avérée. Il peut s’agir d’un logement insalubre ou sur-occupé, d’une instabilité résidentielle chronique, de conflits conjugaux répétés, d’une exposition de l’enfant à des conduites addictives ou à des violences conjugales. Dans ces situations de risques psychosociaux, le placement en MECS vise à sécuriser le cadre de vie et à offrir un environnement stable.

Lorsque vous rédigez votre lettre, vous devez alors décrire concrètement les éléments qui rendent le maintien au domicile problématique : nuisances, menaces au sein du voisinage, hébergement précaire chez des tiers, intervention régulière des forces de l’ordre au domicile, etc. Plus les faits sont datés, précis et, si possible, corroborés par des documents ou attestations, plus votre demande de placement volontaire sera solide aux yeux des services sociaux.

Il est également pertinent de souligner en quoi la situation actuelle nuit déjà au bien-être de votre enfant : troubles du sommeil, anxiété, chute des résultats scolaires, isolement, symptômes dépressifs. L’enjeu, pour l’ASE, est de vérifier que la demande de placement en foyer s’inscrit dans la logique de l’intérêt supérieur de l’enfant, et non dans la seule gestion des difficultés matérielles des adultes.

Situations de crise familiale nécessitant une séparation temporaire

Dans certains cas, la demande de placement volontaire d’un mineur survient dans un contexte de crise aiguë : séparation conflictuelle, violences intrafamiliales, menace de passage à l’acte suicidaire chez le parent ou l’enfant, procédure pénale en cours contre un membre de la famille. Dans ces circonstances, le foyer éducatif ou la MECS représente un espace de mise à distance, comparable à une « chambre de décompression » permettant de protéger chacun et de travailler le lien familial autrement.

Votre lettre peut alors relater l’enchaînement des événements qui ont conduit à cette crise : dépôt de plainte, interventions des services de gendarmerie ou de police, hospitalisation en psychiatrie, mesures d’éloignement, ordonnances de protection. Vous pouvez expliquer pourquoi la cohabitation immédiate n’est plus possible, tout en réaffirmant votre souhait de maintenir un lien avec votre enfant dans un cadre sécurisé (droit de visite médiatisé, entretiens familiaux, etc.).

Cette séparation temporaire, lorsqu’elle est bien pensée, peut éviter des ruptures plus brutales et irréversibles. Comme dans un chantier de rénovation, on a parfois besoin de mettre une pièce « hors service » le temps de sécuriser la structure, avant de la réintégrer dans l’ensemble. Le placement administratif joue alors ce rôle de mise à l’abri transitoire, sous contrôle du département et avec votre accord écrit.

Demande de répit parental dans le cadre du handicap ou troubles du comportement

Enfin, de nombreuses demandes de placement en établissement ou en famille d’accueil émanent de parents d’enfants en situation de handicap ou présentant des troubles graves du comportement. Les troubles du spectre de l’autisme, les déficiences intellectuelles, les troubles oppositionnels avec provocation ou les pathologies psychiatriques de l’adolescent peuvent rendre le quotidien extrêmement éprouvant. Dans ces cas, le placement peut prendre la forme d’un accueil relais, périodique ou prolongé, afin de prévenir l’épuisement parental.

Dans votre lettre, il est utile de préciser les diagnostics déjà posés, les prises en charge existantes (CMP, CMPP, SESSAD, IME, ITEP, pédopsychiatrie), ainsi que les limites concrètes de ce qui est actuellement proposé. Vous pouvez décrire les épisodes de crise (agressivité, auto-mutilations, fugues, conduites à risque), les nuits sans sommeil, les difficultés à concilier les besoins spécifiques de l’enfant avec la vie professionnelle et familiale. L’objectif n’est pas de dramatiser, mais d’exposer pourquoi un « répit » institutionnel s’avère nécessaire pour que vous puissiez continuer à exercer votre rôle de parent dans la durée.

Les services de l’ASE, en lien avec la MDPH et les structures médico-sociales, recherchent alors un dispositif d’accueil adapté au profil de l’enfant : MECS spécialisée, foyer de l’enfance avec unité dédiée, établissement médico-éducatif. Plus votre courrier sera précis, plus l’orientation pourra être pertinente et respectueuse des besoins spécifiques de votre enfant.

Structure formelle de la lettre adressée au service de l’aide sociale à l’enfance

Au-delà du fond, la présentation formelle de votre lettre de demande de placement en foyer joue un rôle important. Une structure claire, respectant les usages administratifs, facilite l’instruction de votre dossier par les services départementaux. Vous pouvez considérer votre courrier comme la « carte d’identité » de votre demande : il doit permettre, en quelques pages, de comprendre qui vous êtes, qui est l’enfant concerné, quelles difficultés vous rencontrez et quelle mesure vous sollicitez précisément.

La lettre est généralement adressée au Président du Conseil départemental, sous couvert du service de l’Aide Sociale à l’Enfance ou du service de Protection de l’Enfance. Elle peut être transmise via le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), une assistante sociale de secteur, ou directement par courrier recommandé avec accusé de réception. Dans tous les cas, veillez à conserver une copie intégrale de la lettre et des pièces jointes.

Identification complète du demandeur et mentions relatives à l’autorité parentale

La première partie de la lettre doit permettre d’identifier clairement le ou les demandeurs. Indiquez vos nom et prénom, votre adresse complète, vos numéros de téléphone, votre adresse mail, ainsi que votre situation familiale : parent isolé, couple marié, pacsé, en concubinage, séparé ou divorcé. Précisez également si vous êtes détenteur de l’autorité parentale exclusive ou si celle-ci est conjointe, en mentionnant, le cas échéant, les décisions de justice applicables (jugement de divorce, ordonnance du juge aux affaires familiales).

Si l’autre parent existe et détient également l’autorité parentale, les services de l’ASE seront attentifs à sa position vis-à-vis de la demande de placement volontaire. La situation idéale, du point de vue administratif, est celle où la lettre est cosignée par les deux parents, exprimant un consentement commun. Si ce n’est pas possible, expliquez-en les raisons : absence, impossibilité de le joindre, conflit grave, mesure de retrait de l’autorité parentale, incarcération, etc. Cette transparence évitera des blocages ultérieurs.

Vous pouvez également indiquer, dès cette partie introductive, depuis combien de temps vous vivez avec l’enfant, si d’autres personnes exercent un rôle parental (beau-parent, grands-parents, tuteur), et si des mesures éducatives ou judiciaires sont déjà en cours concernant la famille. Ces informations permettront aux professionnels de situer rapidement votre demande dans l’histoire globale de la prise en charge.

Présentation détaillée du mineur : état civil, scolarité et situation médicale

La seconde partie de la lettre de demande de placement en foyer doit être consacrée à l’enfant ou à l’adolescent concerné. Indiquez son identité complète : nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité. Précisez sa situation scolaire : établissement fréquenté, niveau de classe, type de cursus (général, professionnel, spécialisé), éventuelles difficultés d’apprentissage ou d’orientation. Mentionnez également son assiduité, ses résultats, ses éventuels aménagements de scolarité (PAP, PPRE, PPS, scolarisation en ULIS, etc.).

Sur le plan médical, il est utile de rappeler brièvement les éléments significatifs : pathologies chroniques, traitements réguliers, suivi psychologique ou psychiatrique, reconnaissance de handicap, décisions de la MDPH. Sans entrer dans un détail clinique exhaustif, cette partie doit donner une vision globale de la santé de l’enfant et des besoins particuliers qui en découlent. Cela aidera les services de l’ASE à orienter votre enfant vers un lieu d’accueil adapté (MECS, foyer de l’enfance, structure spécialisée).

Vous pouvez également évoquer, de façon nuancée, la personnalité de l’enfant : ses points forts (sens de l’humour, créativité, capacités sportives), ses difficultés relationnelles, sa manière de réagir au conflit. En procédant ainsi, vous montrez que derrière la demande de placement administratif, il y a une personne singulière, avec ses ressources et ses fragilités, et pas seulement une « situation problème ».

Exposition factuelle des motifs de la demande selon les critères du référentiel ASE

Le cœur de votre lettre de demande de placement en foyer repose sur l’exposé motivé des raisons qui vous conduisent à solliciter l’accueil provisoire de votre enfant. Il est conseillé d’adopter un style factuel, chronologique, en évitant les jugements de valeur excessifs ou les accusations non étayées. Imaginez que vous racontez votre histoire à quelqu’un qui ne vous connaît pas : que doit-il absolument comprendre pour mesurer la nécessité du placement ?

Les référentiels de l’ASE s’articulent généralement autour de plusieurs domaines : sécurité physique et affective de l’enfant, stabilité du cadre de vie, scolarité et insertion sociale, santé physique et mentale, capacité éducative des parents. Vous pouvez structurer cette partie en suivant ces critères : par exemple, un paragraphe sur les violences ou les menaces subies, un autre sur l’absentéisme scolaire et les fugues, un troisième sur vos propres difficultés personnelles (maladie, addiction, dépression) limitant votre disponibilité éducative.

Plus vous serez précis (dates, lieux, intervenants, conséquences concrètes pour l’enfant), plus l’analyse des services sociaux sera facilitée. N’hésitez pas à mentionner les démarches déjà entreprises avant de solliciter le placement : consultation de psychologues, médiation familiale, recours à une éducatrice spécialisée, accompagnement par un service d’AEMO ou d’AED. Cette mise en perspective montre que la demande de placement volontaire n’est pas une décision impulsive, mais l’aboutissement d’un cheminement.

Formulation explicite du consentement parental au placement volontaire

Un élément essentiel, souvent négligé dans les lettres, est la formulation claire du consentement parental au placement administratif. Les services départementaux doivent pouvoir s’appuyer sur votre accord écrit pour mettre en place l’accueil provisoire, dans le respect de l’article L222-5 du CASF. Cette précision est d’autant plus importante que, sans consentement, la protection de l’enfance devrait se faire par la voie judiciaire, via un juge des enfants.

Concrètement, vous pouvez intégrer un paragraphe explicite du type : « Au regard des éléments exposés ci-dessus, je sollicite l’accueil provisoire de mon enfant [Nom, Prénom] au titre de l’Aide Sociale à l’Enfance, dans une Maison d’Enfants à Caractère Social ou tout établissement que vos services jugeront adapté, et je donne mon accord écrit pour ce placement administratif, pour la durée qui sera fixée dans le cadre du Projet Pour l’Enfant. » Si l’autre parent donne également son accord, une formulation similaire peut être ajoutée avec sa signature.

Il est également pertinent de préciser vos attentes quant aux modalités pratiques : souhait de maintien de la fratrie, préférence pour un établissement proche du domicile ou du lieu de scolarité, souhait de droits de visite réguliers, participation aux réunions de synthèse. Sans poser d’exigences irréalistes, ces éléments aideront les services de l’ASE à préparer un projet cohérent et à anticiper les modalités du maintien du lien familial.

Éléments justificatifs à joindre au dossier de demande de placement

La lettre, même très détaillée, ne suffit généralement pas à elle seule pour qu’une demande de placement volontaire en foyer soit instruite rapidement. Les services de l’Aide Sociale à l’Enfance attendent la production de pièces justificatives qui permettront de vérifier l’exactitude des informations fournies et de compléter l’évaluation sociale. Vous pouvez considérer ces documents comme les « piliers porteurs » de votre dossier : sans eux, le bâtiment administratif risque de rester fragile ou incomplet.

Il est conseillé de préparer un dossier organisé, en paginant les pièces et en établissant, si possible, un sommaire en première page. Cette rigueur facilitera le travail des travailleurs sociaux et des cadres de l’ASE, et pourra contribuer à réduire les délais de traitement. N’oubliez pas de conserver des copies de l’ensemble des documents transmis.

Documents d’état civil et attestation de domicile des représentants légaux

Les premières pièces attendues concernent votre identité et votre situation familiale. Il s’agit notamment de la copie intégrale ou de l’extrait d’acte de naissance de l’enfant, de la photocopie de votre pièce d’identité et, le cas échéant, de celle de l’autre parent. Ajoutez également un justificatif de domicile récent (facture d’énergie, de téléphone, quittance de loyer, attestation d’hébergement avec copie de la pièce d’identité de l’hébergeant).

Si votre situation familiale est complexe (séparation, divorce, recomposition, décès d’un parent), joignez les jugements ou actes d’état civil correspondants : jugement du juge aux affaires familiales fixant la résidence de l’enfant, acte de décès, décision de retrait ou de délégation d’autorité parentale. Ces pièces permettront aux services de l’ASE de vérifier qui est habilité à signer la demande de placement administratif et à exercer les droits parentaux pendant la mesure.

Dans certains départements, il peut également être demandé une attestation sur l’honneur précisant la composition exacte du foyer (nombre d’enfants, personnes vivant au domicile, liens de parenté) et les coordonnées des personnes pouvant être associées au projet pour l’enfant (grands-parents, oncles et tantes, etc.). Renseignez-vous auprès de votre CCAS ou de l’ASE pour connaître les exigences spécifiques de votre territoire.

Certificats médicaux, bilans psychologiques et rapports scolaires du mineur

Les documents relatifs à la santé et à la scolarité de l’enfant jouent un rôle central dans l’appréciation de la pertinence d’un placement en MECS ou en foyer éducatif. Il peut s’agir de certificats médicaux récents attestant d’une pathologie, d’un handicap, d’un traitement en cours, ou encore de comptes rendus de consultation en pédopsychiatrie ou en CMP. Les bilans psychologiques ou psychométriques (QI, troubles des apprentissages, etc.) sont également très utiles pour orienter vers une structure adaptée.

Côté scolaire, joignez les derniers bulletins de notes, les éventuels rapports d’équipes éducatives, les décisions de la MDPH concernant l’orientation ou les aménagements, et toute correspondance significative avec l’établissement (avertissements pour absentéisme, signalements, comptes rendus de réunions). Ces éléments permettront de mesurer l’impact des difficultés familiales sur le parcours scolaire et social de l’enfant, et d’anticiper la continuité de la scolarité pendant le placement.

Vous pouvez, si vous le jugez utile, annexer une courte lettre de l’enseignant principal, de la CPE ou du chef d’établissement, décrivant la situation de l’enfant. Cette parole extérieure à la famille a souvent un poids important dans l’évaluation menée par les services sociaux, car elle apporte un regard complémentaire sur le comportement de l’enfant en collectivité.

Attestations de suivi par les services sociaux ou médico-sociaux antérieurs

Si votre famille est ou a été suivie par des services sociaux, médico-sociaux ou de protection de l’enfance, il est pertinent de le signaler et, dans la mesure du possible, de produire des attestations ou comptes rendus. Cela peut concerner une mesure d’Aide Éducative à Domicile (AED), une Aide Éducative en Milieu Ouvert (AEMO), un suivi par une assistante sociale de secteur, un accompagnement par une association, une médiation familiale, etc.

Ces documents témoignent de l’ancienneté des difficultés et des efforts déjà consentis pour les dépasser. Ils permettent également aux services de l’ASE de ne pas repartir de zéro, mais de s’inscrire dans la continuité du travail réalisé. Vous pouvez demander à ces professionnels de joindre une note ou un avis écrit à votre demande de placement volontaire, en précisant qu’il s’agit de compléter un dossier adressé au Conseil départemental.

De la même manière, si des signalements ou informations préoccupantes ont déjà été transmis à la Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP), mentionnez-le dans votre lettre. Les services auront alors la possibilité de croiser ces données avec votre demande actuelle, ce qui peut faciliter la compréhension globale de la situation.

Déclaration sur l’honneur concernant les ressources et composition du foyer

Dans de nombreux départements, une participation financière des parents peut être demandée pour la prise en charge de l’enfant au titre de l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est pourquoi il vous sera souvent demandé de joindre une déclaration sur l’honneur de vos ressources et de la composition de votre foyer. Cette déclaration peut être accompagnée de justificatifs : avis d’imposition, attestations de prestations familiales, bulletins de salaire, attestations d’indemnités de chômage ou de prestations sociales.

Même si cette dimension financière peut sembler secondaire au regard de l’urgence de la protection de l’enfant, elle fait partie intégrante du cadre administratif du placement volontaire. En étant transparent sur votre situation économique, vous facilitez la détermination éventuelle d’une contribution parentale adaptée à vos capacités, voire d’une exonération si vos ressources sont très limitées.

Par ailleurs, la composition du foyer (nombre d’enfants, présence d’autres adultes, situation professionnelle de chacun) permet aux services de l’ASE de mieux évaluer l’environnement global dans lequel l’enfant évolue et de préparer, à terme, les conditions d’un éventuel retour au domicile.

Circuit de transmission et interlocuteurs institutionnels compétents

Une fois votre lettre de demande de placement en foyer rédigée et les pièces justificatives réunies, encore faut-il savoir à qui adresser le dossier et comment s’articule le circuit administratif. La procédure peut varier légèrement d’un département à l’autre, mais l’ossature reste la même : le Président du Conseil départemental est juridiquement responsable de l’Aide Sociale à l’Enfance, mais il délègue l’instruction des demandes à des services spécialisés.

En pratique, vous pouvez transmettre votre courrier par l’intermédiaire de plusieurs interlocuteurs : le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de votre commune, une assistante sociale de secteur, le service social départemental, ou directement le service de la Protection de l’Enfance du Conseil départemental. Il est généralement recommandé d’envoyer votre demande en courrier recommandé avec accusé de réception, tout en la remettant, si possible, à un professionnel qui pourra l’accompagner d’une note sociale.

Dans certains territoires, les demandes de placement administratif sont d’abord examinées lors d’une commission interne à l’ASE, qui regroupe cadres, travailleurs sociaux et parfois médecins. Cette commission apprécie la pertinence de la demande, la cohérence des pièces, et peut décider d’une évaluation complémentaire à domicile avant de se prononcer. Ne soyez pas surpris si un travailleur social vous contacte pour un entretien ou une visite, même après l’envoi de votre dossier : c’est une étape normale du processus.

Si la situation présente un caractère d’urgence (danger immédiat, impossibilité matérielle de garder l’enfant au domicile, hospitalisation brutale, incarcération), signalez-le clairement dans votre lettre et auprès du professionnel relais. Dans ces cas, l’ASE peut mettre en place un accueil provisoire d’urgence dans un foyer de l’enfance ou une MECS, quitte à compléter le dossier administratif dans un second temps. L’objectif reste toujours de concilier réactivité et respect des procédures.

Procédure d’instruction par la cellule de recueil des informations préoccupantes

Lorsque la demande de placement en foyer s’inscrit dans un contexte de danger ou de risque sérieux pour l’enfant, elle peut être examinée par la Cellule de Recueil, de Traitement et d’Évaluation des Informations Préoccupantes (CRIP). Cette cellule, présente dans chaque département, a pour mission de centraliser les signalements concernant les mineurs en danger ou en risque de l’être et de coordonner la réponse institutionnelle. Votre lettre, si elle décrit une situation grave, peut donc être assimilée à une information préoccupante.

Concrètement, la CRIP analyse le contenu de votre courrier, croise les informations avec d’éventuels signalements antérieurs (école, professionnels de santé, voisinage, forces de l’ordre) et peut diligenter une évaluation sociale et médicale approfondie. Cette évaluation vise à vérifier la réalité des faits évoqués, à mesurer le niveau de danger et à déterminer la réponse la plus adaptée : aide administrative, placement volontaire, saisine du juge des enfants pour une mesure judiciaire, ou combinaison de ces dispositifs.

Vous pouvez être légitimement inquiet à l’idée que votre propre demande déclenche une telle procédure, mais il est important de garder en tête que l’objectif de la CRIP n’est pas de « juger » les parents, mais de protéger l’enfant. Le fait de vous manifester volontairement, en exposant vos difficultés, est généralement perçu comme un signe de responsabilité parentale et de volonté de coopération avec les services publics.

À l’issue de l’évaluation, plusieurs scénarios sont possibles. Si la situation relève principalement de difficultés éducatives sans danger immédiat, l’ASE pourra proposer un placement administratif assorti d’un Projet Pour l’Enfant, sans passer par le juge. Si, en revanche, un danger grave et actuel est identifié, la CRIP pourra recommander au Président du Conseil départemental de saisir le parquet, qui pourra lui-même saisir le juge des enfants. Dans ce cas, le placement pourra être ordonné par le juge, avec un cadre judiciaire plus contraignant.

Dans tous les cas, vous serez informé des suites données à votre demande et associé, autant que possible, à l’élaboration du projet pour votre enfant. N’hésitez pas à poser des questions aux travailleurs sociaux, à demander des explications sur les décisions prises et à exprimer vos attentes pour la suite. La qualité du dialogue entre vous, la MECS ou le foyer, et les services de l’Aide Sociale à l’Enfance sera un facteur déterminant pour la réussite du placement et, à terme, pour les conditions de retour au domicile ou d’accompagnement vers l’autonomie de votre enfant.

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